L’OTAN a déjà déstabilisé l’Europe, est-elle sur le point d’administrer le même remède à l’Asie ?Le bloc dirigé par les États-Unis semble se servir du Japon comme d’un cheval de Troie pour s’implanter dans la région et maintenir sa pertinence.

Par Fyodor Lukyanov, rédacteur en chef de Russia in Global Affairs, président du présidium du Conseil de la politique étrangère et de défense et directeur de recherche du Valdai International Discussion Club.

Fyodor Lukyanov : L’OTAN a déjà déstabilisé l’Europe, est-elle sur le point d’administrer le même remède à l’Asie ?
Le président américain Joe Biden et le Premier ministre japonais Fumio Kishida traversent la colonnade de la Maison Blanche à Washington, DC, pour se rendre dans le bureau ovale le 13 janvier 2023. Mandel NGAN / POOL / AFP
Actuellement, l’attention du monde est concentrée sur le théâtre de guerre européen, mais des événements très intéressants se déroulent également en Asie.

Le Japon est le plus illustratif. Jusqu’à récemment, le pays était réticent à adopter une attitude militante, que ce soit en termes d’armement ou même de pression économique. Les choses sont en train de changer, et c’est un indicateur fort de la transformation de l’arène internationale.

Le Premier ministre Fumio Kishida vient d’achever une tournée aux Etats-Unis et dans les principaux pays d’Europe occidentale. Contrairement à la coutume, il n’y a pratiquement eu partout que de la rhétorique militaire. Dans une déclaration de politique générale prononcée à Paris, M. Kishida a souligné que la sécurité de l’Europe et de la région indo-pacifique sont inextricablement liées et doivent être assurées collectivement.

D’autres déclarations à Rome, Londres et Washington ont confirmé cette nouvelle tendance : Dans le domaine de la sécurité, le Japon n’entend plus se limiter exclusivement à sa relation avec les États-Unis, bien qu’elle constitue la base de toute sa stratégie de défense. Désormais, Tokyo recherche un engagement beaucoup plus large avec le principal bloc occidental (l’OTAN), sous réserve de sa réorientation progressive vers l’espace Pacifique.

Il s’agit d’un nouveau schéma. Depuis la guerre froide, le système de sécurité en Asie est centré sur l’Amérique, mais n’est pas unifié, il repose plutôt sur différents groupes de pays ou sur des relations bilatérales. Les États-Unis ont été l’élément fixe, les autres ont varié. Les innovations récentes telles que la « QUAD » impliquant le Japon, l’Inde, l’Australie, et un « club anglo-saxon » composé des Américains, des Britanniques et des Australiens n’ont pas perturbé la logique habituelle.

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Cependant, quelque chose d’autre est en train d’émerger : le transfert vers la grande Asie du principe d’une alliance consolidée, qui plus est avec des alliés européens pour lesquels la région ne représente aucune menace de sécurité.

Au cœur de cette stratégie se trouve la logique de Washington, qui procède de l’inévitabilité d’une rivalité stratégique avec la Chine et les voisins asiatiques de Pékin, ou plus précisément, ses voisins les plus belliqueux.

Il ne fait aucun doute aux Etats-Unis que Pékin constituera un défi majeur pour la position américaine dans le monde pour les années ou les décennies à venir. Cette question est abordée dans les documents doctrinaux et guide l’ensemble de la posture militaire. La Russie est considérée comme une menace aiguë, mais éphémère et transitoire, en raison de ce que Washington considère comme ses capacités globales limitées.

https://www.rt.com/news/570466-fyodor-lukyanov-us-japan-asia/

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